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14 août 2026 · Le décryptage #Les144

Mesure 121 : la France perd 25 000 chercheurs par an et n'a jamais atteint les 3 % de PIB promis en 2002

La dépense de recherche française plafonne à 2,18 % du PIB, très loin de l'objectif de 3 % fixé en 2002 et jamais atteint depuis vingt-trois ans. Le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche a même reculé entre 2024 et 2025. La mesure 121 propose d'y répondre par une recherche souveraine d'État adossée aux outils que la France a déjà construits — IA, quantique, calcul haute performance — pour 1,5 à 2 milliards d'euros par an.

Le problème, d'abord

Le constat de la fiche part d'un chiffre qui va dans le mauvais sens. Le budget du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche s'établit à 30,9 milliards d'euros de crédits de paiement en 2025, contre 31,8 milliards en 2024 : il baisse. La dépense moyenne par étudiant est de 11 530 euros par an, avec un écart notable selon les filières — 15 710 euros en classes préparatoires.

Le second chiffre est celui du principal levier public de soutien à la recherche privée. Le Crédit d'Impôt Recherche représente environ 7 milliards d'euros d'allègements fiscaux par an. La fiche note que son efficacité est controversée, sur la foi de rapports répétés de la Cour des comptes.

Vient ensuite l'indicateur qui résume les deux précédents. La dépense intérieure de recherche et développement rapportée au PIB s'élève à 2,18 % en 2023. La France reste la sixième puissance mondiale de la recherche, mais elle décroche. Et l'objectif de Lisbonne, fixé en 2002 à 3 % du PIB, n'a jamais été atteint : vingt-trois ans plus tard, il reste un engagement sans exécution.

La fiche prend soin de ne pas s'arrêter au tableau du déclin. Elle inventorie aussi ce qui fonctionne : la France est leader européen sur l'intelligence artificielle, avec Mistral, valorisée 11,7 milliards d'euros ; sur le quantique, avec Pasqal, première licorne quantique française, valorisée autour de 2 milliards de dollars, et Quandela ; sur le calcul haute performance, avec Bull. Ce sont, selon les termes de la fiche, des atouts à amplifier — et ils font déjà l'objet des mesures 61 à 68.

Le dernier constat est celui qui rend les autres coûteux dans la durée : la France perd environ 25 000 chercheurs et ingénieurs par an, partis vers les États-Unis, la Suisse, le Royaume-Uni et le Canada.

Ce que propose la mesure

La doctrine tient en trois phrases, citées telles quelles dans la fiche : « La souveraineté numérique de la France passe par sa recherche souveraine. Et la recherche souveraine s'appuie sur les outils que la France a su développer : Mistral, Pasqal, Quandela, Bull. Pas par patriotisme aveugle, par lucidité. »

Le dispositif est le prolongement civil des plans déjà inscrits aux mesures 61 à 68, et se déploie en trois volets.

Le volet A porte sur la recherche en intelligence artificielle, en cohérence avec le plan Mistral de la mesure 66. Il prévoit de doubler le budget de la recherche fondamentale en IA, en portant les crédits d'Inria et de la section IA du CNRS à environ 1 milliard d'euros par an d'ici 2030 ; d'ouvrir un accès prioritaire et gratuit à Mistral et aux clusters souverains — le cluster Alice Recoque de la mesure 62 et le calcul haute performance de Bull — à tous les laboratoires de recherche français ; de lancer un programme « 10 000 thèses IA » doublant d'ici 2030 le nombre de thèses financées, avec en contrepartie du financement intégral un engagement de cinq ans dans la recherche française après la soutenance ; et de créer à Saclay une « Cité de l'IA française », pôle d'excellence international articulé avec Mistral et les clusters de la mesure 66.

Le volet B porte sur le quantique, en cohérence avec la mesure 63. Le Plan Quantique national est doublé, de 1,8 à 3,5 milliards d'euros sur cinq ans — un engagement déjà acté à la mesure 63, ici confirmé et renforcé. S'y ajoutent une Cité du Quantique à Saclay, conçue comme pôle de référence européen articulé avec Pasqal, Quandela, Alice & Bob et Quobly ; un programme « 5 000 thèses Quantique » sur cinq ans ; et le déploiement national obligatoire de la cryptographie post-quantique, lui aussi rattaché à la mesure 63.

Le volet C élargit à la deeptech. Un plan « Recherche stratégique 2030 » cible les filières considérées comme souveraines : biotechnologies, énergie — en cohérence avec les mesures 28 à 32 —, spatial, agroalimentaire, robotique humanoïde militaire, en lien avec la mesure 53. La recherche militaire stratégique bénéficie du modèle d'accompagnement opérationnel de la DIOD, créée par la mesure 55. Enfin, une Open Science nationale impose la publication ouverte des recherches financées sur fonds publics et le partage des données sur une infrastructure souveraine.

L'ensemble répond à une logique explicite : ne pas repartir d'une page blanche, mais adosser la recherche publique aux entreprises et aux infrastructures que le pays a déjà su faire naître.

Combien ça coûte

La fiche classe ce chiffrage comme consolidé, en visibilité publique : 1,5 à 2 milliards d'euros par an de dépenses additionnelles. Le financement indiqué est double — les recettes du programme, et un redéploiement budgétaire interne au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Deux précisions d'honnêteté s'imposent sur ce montant. D'abord, il s'agit de crédits additionnels : le doublement du Plan Quantique, de 1,8 à 3,5 milliards sur cinq ans, est porté au compte de la mesure 63 et n'est donc pas recompté ici. Ensuite, la fiche donne une fourchette annuelle globale sans en publier la ventilation entre les trois volets ; le milliard d'euros par an visé pour la recherche fondamentale en IA est un objectif de trajectoire à 2030, pas une ligne budgétaire de première année.

Où vérifier

Le détail de la mesure figure sur le site du programme : https://les144.fr/mesure/121-recherche-souveraine-d-etat-ia-quantique-deeptech/. Les plans dont elle est le prolongement civil sont exposés aux mesures 61 à 68, en particulier la mesure 62 pour les clusters souverains, la mesure 63 pour le quantique et la cryptographie post-quantique, la mesure 66 pour le plan Mistral ; les articulations complémentaires sont aux mesures 28 à 32 pour l'énergie, 53 pour la robotique et 55 pour la DIOD. La question du financement d'ensemble est traitée sur la page https://les144.fr/qui-paie/. Les sources citées par la fiche sont le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, les rapports de l'OPECST et le Plan France 2030 ; la fiche ne joint pas de lien public à ces références.

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