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15 août 2026 · Le décryptage #Les144

Mesure 126 : la mission budgétaire d'aide au développement tombe à 3,67 milliards d'euros en 2026, en baisse de 16 %, et reste mal auditée

La mission budgétaire d'aide publique au développement passe de 4,37 milliards d'euros en 2025 à 3,67 milliards en loi de finances 2026, soit plus de 2 milliards de baisse cumulée depuis 2024 — sans que ces dépenses soient mieux contrôlées pour autant. La mesure 126 pose une doctrine de politique étrangère dite « France d'abord, exemplarité internationale » : audit complet des dépenses extérieures non statutaires, recentrage diplomatique, primauté donnée à la politique intérieure. La fiche classe son coût comme neutre.

Le problème, d'abord

Le constat de la fiche s'ouvre sur une précaution de périmètre qu'elle demande elle-même de toujours respecter. La mission budgétaire « aide publique au développement » s'établit à 3,67 milliards d'euros en loi de finances 2026, contre 4,37 milliards en 2025, soit une baisse de 16 % — et plus de 2 milliards de baisse cumulée depuis 2024. Mais l'APD totale au sens de l'OCDE, toutes sources confondues, reste de l'ordre de 13 à 15 milliards d'euros par an. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose, et la fiche insiste : préciser le périmètre à chaque fois. Le point commun aux deux périmètres, selon le constat, est ailleurs — ces dépenses demeurent mal auditées.

S'y ajoutent les aides bilatérales hors humanitaire : plusieurs milliards d'euros par an de financements que la fiche décrit comme peu contrôlés, parfois clientélistes. Le sommet Africa Forward de Nairobi, les 11 et 12 mai 2026, en fournit l'illustration la plus récente citée par le constat : 23 milliards d'euros d'investissements annoncés, dont 14 milliards portés par des entreprises, fonds et opérateurs français — des engagements non audités, sans mesure de retour pour la France. Côté européen, les contributions au budget de l'UE représentent environ 25 milliards d'euros par an, la France en étant le deuxième contributeur, auxquels s'ajoutent les fonds européens et les missions de politique étrangère commune.

Le constat se referme sur deux échecs mis en regard. D'une part, la perte d'influence française en Afrique — Mali, Burkina Faso, Niger, Centrafrique, autant de départs forcés — que la fiche impute à une politique brouillonne et clientéliste. D'autre part, un chiffre intérieur : 2 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté dans les outre-mer, pendant que des projets non auditables sont financés ailleurs.

Ce que propose la mesure

La mesure ne se présente pas comme une coupe, mais comme une doctrine, résumée par sa formule d'intention : « Aujourd'hui, on prêche à l'extérieur ce qu'on n'arrive pas à faire chez nous. Demain, on fait chez nous, et l'extérieur écoute. » Elle se déploie en trois volets.

Le volet A est budgétaire. La priorité absolue est donnée à la politique intérieure et ultramarine : tout euro mobilisable est réorienté vers les Français déjà installés, les outre-mer et les zones rurales, en cohérence avec les mesures 85 et 100 à 106. L'instrument central est un audit complet de l'ensemble des dépenses extérieures non statutaires — APD, aides bilatérales, contributions volontaires aux organisations internationales, soutiens à des associations à objet extérieur — conduit par la direction de l'audit des politiques publiques créée par la mesure 78, avec publication trimestrielle des résultats sur data.gouv.fr. Les questions-réponses de la fiche précisent le partage : l'aide humanitaire est sanctuarisée, les pays partenaires coopératifs — Sénégal, Côte d'Ivoire, Bénin, Maroc — voient leurs aides augmenter par redéploiement, et ce qui est supprimé, ce sont les flux discrétionnaires sans audit ni résultat. Sur les 14 milliards de Nairobi, la fiche répond de même : il s'agit surtout d'investissements d'entreprises et d'opérateurs, qui ne sont pas annulés mais audités, avec publication des retours pour la France.

Le volet B est diplomatique. Il repose sur un couple franco-allemand modernisé, moteur d'une Union européenne souveraine recentrée, en cohérence avec la mesure 128 ; des partenariats stratégiques avec les démocraties partenaires — Italie, Espagne, Pologne, Pays-Bas, Royaume-Uni, Inde, Japon, Canada, Australie ; et une diplomatie économique où les ambassadeurs deviennent les commerciaux de la France, en lien avec les mesures 73 à 76 sur l'artisanat exportateur, 85 sur la réindustrialisation, 101 sur la souveraineté alimentaire ultramarine et 124 sur l'attraction des chercheurs. La souveraineté est maintenue sur ses trois piliers : dissuasion nucléaire indépendante, conformément à la mesure 51, siège au Conseil de sécurité des Nations unies, et francophonie.

Le volet C est la doctrine de l'exemple. La communication internationale de l'État est rebâtie sur le modèle « ce que la France fait », et non « ce que la France dit », et la diplomatie culturelle est renforcée — Alliances françaises, Instituts français, francophonie active — en articulation avec le bloc culture du programme. La fiche résume l'ensemble d'une phrase : « La grandeur de la France ne vient pas de ce qu'elle dépense à l'extérieur, mais de ce qu'elle réussit à l'intérieur. »

Combien ça coûte

La fiche classe le chiffrage de cette mesure comme neutre ou négligeable, en visibilité publique. C'est cohérent avec sa nature : il s'agit d'une doctrine et d'une réallocation, pas d'une dépense nouvelle — l'audit s'appuie sur une direction créée par ailleurs à la mesure 78, et les redéploiements se font à enveloppe constante.

Deux précisions d'honnêteté s'imposent. D'abord, la fiche ne chiffre pas les économies que l'audit et l'arrêt des flux discrétionnaires pourraient dégager : aucun montant de redéploiement n'est publié, et il serait inexact d'en avancer un. Ensuite, la baisse de 16 % de la mission budgétaire constatée en 2026 est un fait de la loi de finances en vigueur, pas un effet de la mesure : le constat s'en sert pour montrer que la dépense peut baisser sans être mieux auditée — ce qui est précisément l'inverse de ce que la mesure propose, un contrôle systématique plutôt qu'un simple rabot.

Où vérifier

Le détail de la mesure figure sur le site du programme : https://les144.fr/mesure/126-doctrine-france-d-abord-exemplarite-internationale/. Les mesures auxquelles elle s'adosse sont la mesure 78 pour l'organe d'audit, la mesure 128 pour le volet européen, la mesure 51 pour la dissuasion, les mesures 73 à 76, 85, 101 et 124 pour la diplomatie économique, et les mesures 85 et 100 à 106 pour la priorité intérieure et ultramarine. La question du financement d'ensemble du programme est traitée sur la page https://les144.fr/qui-paie/. La fiche cite comme référence la doctrine gaullienne du « rang de la France » et la tradition de Pierre Mendès France, sans joindre de lien public à ces références.

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