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26 août 2026 · Le décryptage #Les144

Mesure 8 : l'âge légal reste à 64 ans, la capitalisation devient facultative et abondée pour les salaires sous 1,8 SMIC

La mesure 8 ne rouvre pas la réforme de 2023 : l'âge légal reste fixé à 64 ans. Elle ajoute au-dessus de la répartition un étage de capitalisation facultatif, adossé à la Caisse des Dépôts, avec un abondement public réservé aux revenus inférieurs à 1,8 SMIC. Le résumé public avance 0,5 à 1,5 milliard d'euros par an, mais la ligne budgétaire de la fiche classe ce chiffrage comme à calibrer.

Le problème, d'abord

Le constat de la fiche tient en deux propositions, et il faut les lire dans l'ordre. La première est un constat d'état du droit : la réforme de 2023 a été votée, elle est appliquée. La seconde est le grief : elle ne suffit pas à couvrir nos retraites futures dans un système 100 % répartition.

L'argument n'est donc pas que la réforme de 2023 serait insuffisante en elle-même, ni qu'il faudrait aller plus loin sur l'âge. Il porte sur l'architecture : un système reposant intégralement sur la répartition, quel que soit son âge de départ, ne couvre pas ce que la fiche appelle « nos retraites futures ». Le problème posé est celui d'un étage manquant, pas d'un curseur mal réglé.

La fiche ne publie ni projection de solde, ni horizon de déséquilibre, ni montant de besoin de financement à l'appui de ce constat. Elle cite une seule source de référence, le Conseil d'orientation des retraites, sans document ni lien.

Ce que propose la mesure

La mesure 8 relève du pilier Liberté, chapitre « Travail, charges, retraites, fiscalité ». Elle comporte deux volets d'inégale ampleur.

Le premier est une abstention : l'âge légal est maintenu à 64 ans. Rien n'est modifié ni sur l'âge, ni sur les pensions.

Le second crée un pilier de capitalisation complémentaire facultatif, de type « fonds souverain français de retraite ». Ses paramètres, tels que la fiche les énonce : versements déductibles avec un plafond élevé, sortie en rente ou en capital avantagée, abondement de l'État pour les bas revenus jusqu'à 1,8 SMIC, cahier des charges souverain orientant l'épargne vers le financement de l'économie française, et articulation avec l'AGIRC-ARRCO en complément — la fiche précise : pas en substitution.

Deux points de la note de faisabilité méritent d'être relevés, parce qu'ils bornent la mesure de l'intérieur.

Le premier est juridique. La fiche écrit que le « cahier des charges souverain » doit rester incitatif — label, fiscalité bonifiée — et non contraignant en allocation : la libre circulation des capitaux, article 63 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, interdit d'imposer un quota d'actifs français. L'incitation fiscale différenciée est, elle, admise. Autrement dit, l'orientation vers l'économie française annoncée par l'énoncé s'obtient par un avantage fiscal, jamais par une obligation d'investir.

Le second est institutionnel. Plutôt qu'une structure créée ex nihilo, la fiche retient d'adosser le fonds à la Caisse des Dépôts, en citant le précédent du Fonds de réserve pour les retraites et son encours d'environ 21 milliards d'euros. Sur le plan du droit, elle qualifie l'ensemble de dépourvu de difficulté : le dispositif est présenté comme une extension du cadre du plan d'épargne retraite issu de la loi PACTE de 2019.

Combien ça coûte

Il faut ici signaler un écart interne à la fiche, et le signaler tel quel.

Le résumé public annonce un coût de 0,5 à 1,5 milliard d'euros par an selon l'adhésion. La ligne budgétaire de la même fiche porte, elle, la mention « Non chiffré — à calibrer (audit Collège) », sans coût bas, sans coût haut, sans recette, avec pour note : « Incitations fiscales PER + abondement moins de 1,8 SMIC : à chiffrer ». La fourchette existe donc dans la présentation, mais la fiche classe elle-même ce chiffrage comme non consolidé.

Ce que fournit la note de coût, ce sont des points de repère, pas un chiffrage. Elle rappelle que le plan d'épargne retraite actuel — environ 120 milliards d'euros d'encours, environ 11 millions de titulaires — représente une dépense fiscale d'environ 1,8 milliard d'euros par an, et juge la fourchette retenue cohérente pour le surcroît qu'entraînerait la mesure. Elle désigne l'abondement des bas revenus comme le poste à calibrer, en donnant un ordre de grandeur explicitement présenté comme un exemple : 100 à 300 euros abondés par an pour 2 à 4 millions d'adhérents, soit 0,2 à 1,2 milliard d'euros par an.

Deux paramètres commandent donc le coût réel, et aucun n'est fixé : le taux d'adhésion et le montant de l'abondement par bénéficiaire. Tant qu'ils ne le sont pas, la fourchette annoncée reste une hypothèse de travail.

Les objections

Trois questions sont anticipées par la fiche.

« La capitalisation, c'est la retraite des riches et la mort de la répartition. » La réponse tient en deux temps. D'abord un rappel de périmètre : la répartition reste le socle, ni l'âge ni les pensions ne sont touchés. Ensuite un retournement — la capitalisation existe déjà pour une partie des actifs, la fiche citant nommément la Préfon et le régime additionnel de la fonction publique. L'abondement public réservé aux salaires sous 1,8 SMIC est présenté comme le moyen d'ouvrir plus largement un instrument déjà pratiqué.

« Un fonds souverain exposé aux marchés : et en cas de krach ? » Trois garde-fous sont cités : une gestion par horizon, c'est-à-dire une désensibilisation progressive au risque à l'approche de la retraite, une garantie plancher portant sur l'abondement public, et la supervision de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. La fiche s'appuie sur le fait que le Fonds de réserve pour les retraites et l'AGIRC-ARRCO gèrent déjà des dizaines de milliards selon ces règles. On notera que la garantie plancher annoncée porte sur la part abondée par l'État, non sur l'ensemble des versements.

« Pourquoi maintenir 64 ans ? » La réponse est un arbitrage budgétaire assumé : rouvrir la réforme représenterait, selon la fiche, 10 à 15 milliards d'euros par an à trouver, qu'elle préfère affecter à la santé et à la justice. La contrepartie proposée aux carrières usantes est double : une prise en compte effective de la pénibilité et la retraite complémentaire abondée. Ce montant de 10 à 15 milliards figure dans la réponse type et n'est appuyé, dans la fiche, par aucune référence.

Une quatrième objection, que la fiche n'anticipe pas mais que ses propres données appellent : un dispositif facultatif adossé à un avantage fiscal produit ses effets à proportion de la capacité d'épargne de celui qui y adhère. L'abondement public en corrige le principe pour les revenus inférieurs à 1,8 SMIC, mais son montant n'est pas fixé — et c'est précisément le poste que la fiche renvoie à un calibrage ultérieur.

Où vérifier

Le détail de la mesure figure sur sa fiche : https://les144.fr/mesure/8-retraite-64-ans-maintenus-capitalisation-incitee/. L'ensemble des mesures est consultable sur https://les144.fr/mesures/ et le financement du programme sur https://les144.fr/qui-paie/. La fiche cite une seule source, le Conseil d'orientation des retraites, sans lien ni référence de document ; les données relatives au plan d'épargne retraite et au Fonds de réserve pour les retraites figurent dans sa note de coût et sa note de faisabilité, sans référence elles non plus.

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