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12 juin 2026 · Le décryptage #Les144

Un médecin à moins d'une heure : pendant que le Parlement se divise, le plan qui mise tout sur l'attractivité

Le Sénat a examiné cette semaine la proposition de loi Garot sur la régulation de l'installation des médecins, dans un face-à-face devenu rituel entre coercition et liberté d'installation. Les 144 prennent le problème par l'autre bout : non pas contraindre le médecin, mais rendre l'installation en zone sous-dotée difficile à refuser. Décryptage de la mesure 39.

Le problème, d'abord

Les chiffres sont connus, et ils sont massifs : 6,7 millions de Français n'ont pas de médecin traitant, et 87 % du territoire est classé en désert médical — Paris comprise. La France compte 45 468 généralistes libéraux, un plancher historique, en recul de 19 % depuis 2010 (sources : Assurance Maladie, DREES, Ordre national des médecins).

Ce jeudi 11 juin, le Sénat a débattu de la proposition de loi Garot, réécrite en commission pour conditionner la liberté d'installation : trois camps irréconciliables — coercition assumée à l'Assemblée, conditionnement « souple » au Sénat, et une profession vent debout, l'Ordre des médecins se déclarant « fermement opposé ». Pendant ce temps, le temps d'attente du patient, lui, ne diminue pas.

Ce que propose la mesure 39

La doctrine est à l'opposé de la contrainte : des incitations fortes, pas de coercition. Concrètement, pour tout médecin qui s'installe en zone sous-dotée :

  • Exonération totale de charges sociales pendant 5 ans ;
  • Prime à l'installation jusqu'à 100 000 € en zone désertique ;
  • Garantie de revenu minimum les deux premières années, si l'activité ne décolle pas ;
  • Logement de fonction et maisons de santé « clé en main » avec les collectivités ;
  • Prêt à taux zéro jusqu'à 150 000 € pour le cabinet, crédit d'impôt de 50 % sur l'investissement professionnel ;
  • Un statut de médecin-formateur bonifié pour ceux qui accueillent des internes.

« Si vous voulez vous installer dans un village de France, je vous offre tout ce qu'il faut pour réussir : zéro charge, prime, logement, garantie de revenu, crédit. Ce que je vous demande en retour, c'est de soigner les Français qu'on a oubliés. »

Combien ça coûte, et le point faible assumé

Le coût est intégré au plan Santé consolidé : 6 à 8 milliards d'euros par an en régime de croisière (mesures 38 à 41), financé par les recettes du programme — sans impôt nouveau pour les ménages. Le point faible, le programme le nomme lui-même : l'incitation ne crée pas de médecins, elle les déplace et les retient. C'est pourquoi la mesure 39 est indissociable de la mesure 38 (doublement de la formation médicale) et de la mesure 42 (2 000 dispensaires de proximité), qui traitent le stock et l'urgence.

Où vérifier

Les chiffres du constat viennent de l'Assurance Maladie, de la DREES et de l'Ordre national des médecins (démographie médicale 2025) ; le débat parlementaire est documenté par les sources liées ci-dessus. La fiche complète de la mesure, son financement et son calendrier sont en accès libre ci-dessous.

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