13 août 2026 · Le décryptage #Les144
Mesure 112 : 9,8 millions de pauvres, un record depuis 1996 — et un Conseil où siègent ceux qui combattent la pauvreté sur le terrain
Le taux de pauvreté a atteint 15,4 % en 2023, son plus haut niveau depuis 1996, soit 9,8 millions de personnes sous le seuil. La mesure 112 ne promet pas de plan chiffré en milliards : elle crée un Conseil National de Lutte contre la Pauvreté coprésidé avec les grandes associations, où siègent aussi les personnes concernées, et confie à un audit de 24 mois la préparation d'un Livre blanc national. Coût estimé : 50 à 100 millions d'euros par an.
Le problème, d'abord
Le constat de la fiche s'ouvre sur un record. Le taux de pauvreté a atteint 15,4 % en 2023, dernières données INSEE publiées en juillet 2025 — le niveau le plus élevé depuis 1996. Le seuil de pauvreté est fixé à 1 288 euros par mois. Cela représente 9,8 millions de Français sous ce seuil, soit 650 000 personnes de plus en un an. Chez les enfants, le taux monte à 21,9 %, en hausse de 1,5 point sur un an : 3 millions d'enfants vivent sous le seuil de pauvreté, et 30 % des enfants de familles monoparentales sont pauvres.
La fiche insiste sur un second mouvement, moins visible que l'extension : l'intensification. Le niveau de vie médian des ménages accueillis par les associations est tombé à 565 euros par mois, contre 658 euros en 2014. 74 % de ces ménages vivent sous le seuil d'extrême pauvreté. Et 17,9 % des personnes accompagnées par les associations occupent un emploi, pour un niveau de vie de 855 euros par mois : le travailleur pauvre n'est plus une exception statistique.
Deux chiffres complètent le tableau du côté des dispositifs publics. Le RSA s'élève à 607,75 euros par mois pour une personne seule en avril 2025, soit environ la moitié du seuil de pauvreté. Et 38 % des personnes qui y ont droit ne le demandent pas — méconnaissance, complexité, dématérialisation, stigmatisation.
Le dernier constat porte sur la machine redistributive elle-même. En 2017, 37 % des ménages pauvres avant redistribution sortaient de la pauvreté grâce aux prestations. En 2023, ce n'est plus que 28 %. La protection sociale française protège moins bien qu'il y a huit ans.
Ce que propose la mesure
Le principe inscrit dans la fiche tient en une phrase : « Aucune mesure structurelle sur la pauvreté ne sera décidée sans avoir entendu ceux qui la combattent quotidiennement sur le terrain. »
L'outil est un Conseil National de Lutte contre la Pauvreté, créé par décret, doté de moyens propres et rattaché à la Présidence — et non au ministère, ce que la fiche justifie par la garantie d'indépendance. Il est coprésidé avec les grandes associations, selon une logique que la fiche résume ainsi : humilité républicaine, elles savent, l'État finance.
Sa composition est fixée à 50 membres. Y siègent les associations historiques — Secours catholique, Secours populaire, Restos du Cœur, ATD Quart Monde, Fondation Abbé Pierre, Emmaüs, Croix-Rouge française, Solidarités Nouvelles face au Chômage, Le Refuge — mais aussi, et c'est le point le plus singulier du dispositif, des représentants des personnes en situation de pauvreté elles-mêmes, avec un minimum de huit sièges, sur le modèle défendu par ATD Quart Monde : « rien sur nous sans nous ». S'y ajoutent des experts académiques (sociologie de la pauvreté, économie sociale, travail social), des praticiens de terrain — travailleurs sociaux, médecins de PASS, juristes en accès au droit — et des représentants des départements, compétents pour le RSA et l'aide sociale à l'enfance.
La mission est permanente : alerter sur les évolutions de la pauvreté, proposer des réformes opérationnelles, évaluer les politiques publiques en cours, faire émerger les « non-publics » oubliés. Le Conseil rend des avis publics obligatoires sur toute réforme structurelle des minima sociaux, du RSA, de la prime d'activité et des APL. Le siège « Cohésion sociale » du Collège de gouvernance, créé par la mesure 1, anime le dialogue avec lui.
Le second volet est un audit confié au Collège, à conduire dans les 24 premiers mois du mandat : état des lieux exhaustif de la pauvreté en France métropolitaine et ultramarine, cartographie territoriale, sociologique et intergénérationnelle ; évaluation rigoureuse des dispositifs existants — efficacité réelle, taux de non-recours, coût et bénéfice ; puis production d'un Livre blanc national « Sortir durablement de la pauvreté 2027-2037 », présenté publiquement. Les décisions structurelles qui en découleront seront soumises à l'arbitrage du Président, du Parlement, et le cas échéant du peuple par référendum.
Le contrôle suit le schéma commun au programme : audit annuel des résultats par la DAPE, créée par la mesure 78, et publication transparente sur data.gouv.fr.
La fiche assume ce que cette méthode a d'inhabituel dans une campagne, par cette citation : « Tous les candidats vont promettre des milliards sur la pauvreté. Moi je vous dis : je ne sais pas. Mais je vais demander à ceux qui savent. »
Combien ça coûte
La fiche classe ce chiffrage comme consolidé, en visibilité publique : 50 à 100 millions d'euros par an. Ce montant couvre le fonctionnement du Conseil et l'audit, pas les réformes structurelles qui en sortiront — celles-ci seront précisément l'objet du Livre blanc et des arbitrages ultérieurs, et n'ont donc pas vocation à être chiffrées avant que le travail d'écoute et d'évaluation ait eu lieu. C'est la logique revendiquée de la mesure : dépenser peu pour décider bien, plutôt que d'annoncer des milliards avant d'avoir établi ce qui fonctionne.
Où vérifier
Le détail de la mesure figure sur le site du programme : https://les144.fr/mesure/112-conseil-national-de-lutte-contre-la-pauvrete-audit-college/. L'articulation avec le Collège de gouvernance est présentée à la mesure 1, le contrôle par la DAPE à la mesure 78, et la question du financement global est traitée sur la page https://les144.fr/qui-paie/. La fiche cite comme source les travaux d'ATD Quart Monde et les rapports des associations 2024-2025.
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