17 août 2026 · Le décryptage #Les144
Mesure 136 : 4 milliards d'euros par an, une audience passée de 35 % à 26 % — refonder l'audiovisuel public sans le privatiser
Un budget consolidé d'environ 4 milliards d'euros par an, une audience en érosion, une confiance à 45 %. La mesure 136 propose de refonder l'audiovisuel public : gouvernance dépolitisée, neutralité éditoriale opposable, inspection dédiée et gestion encadrée. La fiche chiffre les économies entre 0,5 et 1 milliard d'euros par an.
Le problème, d'abord
La fiche pose d'abord le périmètre et l'argent. France Télévisions, Radio France, l'INA, France Médias Monde, Arte et TV5 Monde forment un ensemble dont le budget consolidé atteint environ 4 milliards d'euros par an — 4,03 milliards en 2024. Depuis la suppression de la redevance en 2022, ce budget est financé par une fraction de TVA affectée, un mécanisme pérennisé par la loi organique de décembre 2024. C'est ce texte que le programme entend réviser.
En face de ces 4 milliards, deux courbes descendent. L'audience : la part d'audience cumulée de France Télévisions s'établit à environ 26 % en 2025, contre 35 % en 2015. La confiance : environ 45 % des Français disent faire confiance aux médias publics selon le baromètre Kantar 2025 — une érosion que la fiche qualifie de continue. Un service public financé par tous, mais crédité de la confiance de moins d'un Français sur deux : c'est le constat.
Ce que propose la mesure
La citation d'intention de la fiche donne le ton : « L'audiovisuel public est un échec cuisant. Capté par une orientation éditoriale partisane depuis des décennies. Il faut le remettre dans un sens neutre, en faire un service d'information de qualité, et le gérer comme une entreprise. » La mesure organise cette refondation en quatre volets.
Le volet A refonde la gouvernance. Les présidents de France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, de l'INA et d'Arte France seraient désignés par appel d'offres public, sur des listes proposées par le Conseil d'État, la Cour de cassation, la Cour des comptes, les Académies et les sociétés savantes — fin de la nomination présidentielle ou parlementaire directe. Mandat unique de cinq ans non renouvelable, parité obligatoire à tous les niveaux dirigeants, casier judiciaire vierge exigé, en cohérence avec la mesure 11. Chaque dirigeant signerait à son entrée en fonction une charte de neutralité éditoriale opposable, assortie de sanctions disciplinaires effectives en cas de manquement. Et les conseils d'administration compteraient 25 % de membres tirés au sort, sur le modèle des conventions citoyennes.
Le volet B crée une Inspection nationale de l'audiovisuel public : 100 inspecteurs habilités, rattachée au Collège, sur le modèle des inspections prévues par le programme pour le logement social (mesure 98) et le grand âge (mesure 109). Sa mission : un audit annuel de la gouvernance, des comptes et de la qualité éditoriale, publié en accès libre sur data.gouv.fr, avec pouvoirs d'enquête, accès aux comptes, recommandations contraignantes et sanctions effectives.
Le volet C encadre la gestion. Un audit complet du budget consolidé serait mené dans les 100 premiers jours (audit DAPE, mesure 78), suivi d'un plafonnement budgétaire pluriannuel inscrit dans la loi organique audiovisuelle. La fiche prévoit la suppression des doublons entre chaînes et stations, le plafonnement des rémunérations des dirigeants et celui des cachets des vedettes : pas plus de dix fois le salaire médian français pour les présentateurs et journalistes vedettes, en cohérence avec le statut du serviteur (mesures 22 à 25). Un audit annuel public suivrait les ratios coût/audience et coût/qualité.
Le volet D réaffirme la mission éditoriale : un service public de l'information factuelle (cohérence avec la mesure 130 sur la lutte contre les fausses informations par une information de qualité), un pluralisme mesuré et publié chaque trimestre par l'inspection — équilibre des invités, des thèmes, des opinions —, et le maintien des quotas de diffusion d'œuvres françaises et européennes. La fiche pose enfin deux refus symétriques : refus de la censure d'État — la neutralité éditoriale ne signifie pas l'uniformité, le débat reste possible, mais équilibré — et refus de la privatisation totale — l'audiovisuel public est un service public, à refonder, pas à brader.
Combien ça coûte
La fiche classe cette mesure comme chiffrée, en visibilité publique — et il s'agit d'une mesure d'économies, non de dépense : 0,5 à 1 milliard d'euros par an en régime de croisière, dégagés par la rationalisation, la suppression des doublons et les plafonnements de rémunérations. Le budget d'environ 4 milliards d'euros n'est pas supprimé mais encadré et audité ; la fiche ne chiffre pas de coût de mise en œuvre distinct.
Où vérifier
Le détail de la mesure figure sur la fiche : https://les144.fr/mesure/136-refondation-de-l-audiovisuel-public-neutralite-gouvernance-g/. La fiche cite comme références la Cour des comptes (https://www.ccomptes.fr) et l'ARCOM (https://www.arcom.fr). Les mesures auxquelles elle s'adosse sont la mesure 11 (casier judiciaire vierge), les mesures 22 à 25 (statut du serviteur), la mesure 78 (audit DAPE), les mesures 98 et 109 (inspections sectorielles) et la mesure 130 (information de qualité). Le financement d'ensemble du programme est présenté sur la page https://les144.fr/qui-paie/.
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