9 septembre 2026 · Le décryptage #Les144
Mesure 29 : un plan hydrogène pour le gisement lorrain de Folschviller, avec un coût affiché mais une ligne budgétaire vide
La mesure 29 propose de déclarer le gisement d'hydrogène naturel de Folschviller d'intérêt national stratégique, d'en confier l'exploitation à une société publique mixte et de porter le réseau à 1 000 stations en cinq ans. Le résumé public affiche 0,1 à 0,3 Md€* par an ; la ligne budgétaire, elle, est vide et classée « non chiffré — à calibrer ».
Le problème, d'abord
Le constat de la mesure 29 tient en trois phrases. Un gisement d'hydrogène naturel a été découvert en 2023 à Folschviller, en Moselle. Il « contiendrait selon le CNRS* 34 millions de tonnes » — « potentiellement la plus grosse réserve mondiale connue ». Il est « convoité par Air Liquide, GrDF, Renault, mais aussi par l'Allemagne, la Belgique, le Luxembourg et la Chine ». La fiche en tire une conclusion : « Sans investissement français rapide, ce trésor sera capté par des intérêts étrangers. »
Deux mots portent tout le diagnostic : « contiendrait » et « potentiellement ». Le tonnage est donné au conditionnel, et la fiche ne dit pas quelle part en serait récupérable, à quel coût d'extraction, ni sur quelle durée. Aucune donnée de production, aucun calendrier d'exploitation, aucun ordre de grandeur de la consommation française d'hydrogène ne figurent au dossier : le constat pose un potentiel et une menace, pas une trajectoire.
La citation d'intention reprend le même cadrage : « Sous nos pieds, en Lorraine, dort potentiellement le plus grand gisement d'hydrogène naturel du monde. 34 millions de tonnes. Et qui s'y intéresse ? L'Allemagne, la Belgique, la Chine. Pas la France. C'est insensé. »
Ce que propose la mesure
La mesure relève du pilier Fraternité, chapitre 22, « Énergie, transports, industrie ». Elle tient en un bloc unique, « Mesures concrètes », de sept lignes.
Le régime juridique. Une « déclaration d'intérêt national stratégique » sur le gisement lorrain, un code minier « adapté pour l'hydrogène naturel (hydrogène blanc) » et une « priorité aux capitaux français ». La fiche ne précise ni le contenu de cette adaptation, ni son véhicule normatif.
La structure d'exploitation. Une « société publique mixte » associant l'État, Air Liquide et de « grands industriels français », sur le « modèle Areva/CEA ». Ni la répartition du capital, ni le régime des concessions, ni le sort des titres miniers existants ne sont indiqués.
La recherche. Le doublement du financement de Regalor II (CNRS et Université de Lorraine), et l'exploration de gisements complémentaires dans les Pyrénées, le Massif central et la fosse de Mayenne. Le montant actuel de Regalor II n'est pas donné : le doublement n'a donc pas de base chiffrée.
La filière. Production (électrolyse et hydrogène naturel), transport par canalisations dédiées, stockage souterrain, distribution.
Le réseau. 1 000 stations hydrogène en cinq ans, « vs ~50 aujourd'hui », avec un maillage couvrant l'ensemble du territoire métropolitain. Aucun coût unitaire, aucun maître d'ouvrage, aucune part publique ne sont précisés.
La demande. Des aides à l'achat de 10 000 € pour les particuliers et 25 000 € pour les utilitaires, et la conversion d'« une partie » du parc lourd — camions, bus, trains. Ni le nombre de véhicules visé, ni la durée des aides ne sont fixés.
L'objectif. « La France leader européen de l'hydrogène en 2030 », sans indicateur permettant de constater si l'objectif est atteint.
Combien ça coûte
Deux réponses coexistent dans la même fiche. Le résumé public annonce « Coût : 0,1-0,3 Md€/an ». La ligne budgétaire, elle, ne porte aucun montant : coût bas, coût haut, coût ponctuel, recettes — tous les champs sont vides, et le statut est « Non chiffré — à calibrer (audit Collège) ». Le chiffrage détaillé, la note de coût et le champ « faisabilité » sont vides également.
La fourchette affichée n'est donc adossée à aucun poste. C'est d'autant plus visible que la mesure contient au moins quatre dépenses de masse dont aucune n'est bornée : le doublement de Regalor II, dont le montant de départ est inconnu ; les 1 000 stations en cinq ans, sans coût unitaire ; les aides à l'achat, dont le montant par véhicule est fixé mais pas le nombre de bénéficiaires ; la conversion d'une partie du parc lourd, dont le périmètre n'est pas défini. À 10 000 € par véhicule particulier, le total de la seule aide à l'achat dépend entièrement d'un volume que la fiche ne donne pas.
La note budgétaire, en une ligne, désigne l'inconnue principale : « Société publique mixte : capitaux à structurer ». Ni l'apport de l'État, ni la part des industriels, ni la moindre recette attendue de l'exploitation ne sont estimés — alors que le gisement est présenté comme une ressource. La fiche classe elle-même ce chiffrage comme à calibrer : à ce stade, la mesure 29 n'est pas chiffrée. C'est le statut des mesures 28, 30 et 31 du même chapitre.
Les objections
Les deux blocs de questions-réponses sont vides. Quatre objections se déduisent des seules données de la fiche.
Le résumé promet ce que la ligne budgétaire ne dit pas. Un lecteur qui s'arrête au résumé retient une fourchette annuelle ; un lecteur qui ouvre la ligne budgétaire trouve un chiffrage absent. Les deux mentions figurent dans la même fiche et ne se recoupent pas. Tant que les postes ne sont pas décomposés, la fourchette n'est pas contrôlable — et une mesure non chiffrée ne peut pas être rapprochée du financement du programme.
Air Liquide est des deux côtés du dossier. Le constat range l'entreprise parmi ceux qui « convoitent » le gisement ; la mesure en fait un actionnaire de la société publique mixte chargée de l'exploiter. La fiche ne dit pas qui détient la majorité de cette société, ni comment se concilient la « priorité aux capitaux français » et la présence d'actionnaires privés dans une ressource déclarée d'intérêt national stratégique.
Une réserve au conditionnel, un plan au présent. Les 34 millions de tonnes sont un potentiel ; les 1 000 stations, les aides à l'achat et la filière complète sont des engagements de dépense. La fiche ne conditionne aucun jalon industriel à la confirmation du gisement et ne prévoit aucune étape d'évaluation entre l'exploration et l'exploitation.
Aucun véhicule normatif, aucun calendrier intermédiaire. Adapter le code minier suppose un texte : la fiche ne dit ni lequel, ni quand, ni comment il s'articule avec le droit minier en vigueur. Le champ « référendum » est vide, le champ « faisabilité » aussi. La seule date du dossier est 2030, pour l'objectif final ; les 1 000 stations et le doublement de Regalor II n'ont pas de jalon annuel.
Où vérifier
Le détail de la mesure figure sur sa fiche : https://les144.fr/mesure/29-plan-folschviller-hydrogene-naturel-lorrain-prioritaire/. L'ensemble des mesures est consultable sur https://les144.fr/mesures/, et le financement du programme sur https://les144.fr/qui-paie/. La mesure 28, qui porte le volet nucléaire du même chapitre et partage le même statut de chiffrage, a été décryptée ici : https://les144.fr/blog/28-mesure-28-un-plan-messmer-2-pour-14-reacteurs-epr2-et-la-pro/.
La fiche cite une source, et une seule, sans lien : « Découverte Folschviller 2023, CNRS ; Programme Regalor II ». Ni l'étude d'où proviennent les 34 millions de tonnes, ni le montant actuel de Regalor II, ni le décompte des « ~50 » stations existantes ne sont adossés à une référence vérifiable par le lecteur.
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