6 octobre 2026 · Le décryptage #Les144
Mesure 62 : Bull 2030, la France garde ses supercalculateurs
L'État a finalisé le rachat de Bull le 31 mars 2026, mais la fiche constate que ce rachat n'est pas accompagné des capitaux nécessaires pour investir. La mesure 62 prévoit une recapitalisation de 3 milliards d'euros sur cinq ans et un pôle national des supercalculateurs. La fiche la chiffre à 0,6 milliard d'euros par an.
Le problème, d'abord
Selon la fiche, l'État a finalisé le 31 mars 2026 le rachat de Bull, constructeur français de supercalculateurs, pour une valeur d'entreprise pouvant atteindre 404 millions d'euros. L'entreprise compte plus de 3 000 salariés, dont la moitié en France, réalise environ 720 millions d'euros de chiffre d'affaires et possède la seule usine de supercalculateurs d'Europe (ministère de l'Économie, 2026).
C'est l'unique acteur européen sur ce marché. Pourtant, toujours selon la fiche, la part de l'État dans le cofinancement de sa recherche est passée de 50 % à environ 20 %, pour près de 500 millions d'euros de dépenses de recherche sur sept ans (Sénat, 2024).
Les composants restent largement importés : le futur supercalculateur national de classe exascale, un projet de 554 millions d'euros, sera équipé de processeurs et de puces graphiques américains AMD, avec seulement une partition dédiée aux processeurs européens SiPearl (CEA, 2025). La fiche ajoute que le rachat n'est pas encore accompagné des capitaux nécessaires pour investir, que les supercalculateurs nationaux restent gérés séparément, sans pôle unifié, et que rien n'impose que les composants soient fabriqués en France ni que la commande publique soutienne ce constructeur.
Ce que propose la mesure
La fiche prévoit les dispositions suivantes :
- Une recapitalisation de Bull de 3 milliards d'euros sur cinq ans, pour le capital et la recherche et développement.
- Une accélération du supercalculateur Alice Recoque, avec une livraison anticipée en 2026-2027.
- Un champion européen complet, couvrant serveurs, supercalculateurs, cloud souverain, cybersécurité, IA* et quantique.
- Un pôle national unifié des supercalculateurs (Jean Zay, Adastra, Alice Recoque) placé sous la gouvernance de Bull.
- 50 % de composants serveurs fabriqués en France d'ici 2032.
- Des commandes publiques préférentielles auprès de Bull.
La fiche précise que ces dispositions visent à aligner la commande publique et l'industrie, l'État étant actionnaire unique. Elle ne détaille ni le calendrier annuel de la recapitalisation, ni les règles de gouvernance du futur pôle.
Combien ça coûte
La ligne budgétaire de la fiche porte le statut « Chiffré » et indique 0,6 milliard d'euros par an, avec pour note « Recapitalisation 3 Md€* sur 5 ans ». Les deux chiffres sont cohérents : 0,6 milliard d'euros par an pendant cinq ans représentent 3 milliards d'euros.
La fiche ne renseigne aucune recette en contrepartie, et ne détaille pas la répartition de la recapitalisation entre capital et recherche.
Où vérifier
Le détail de la mesure figure sur sa fiche : https://les144.fr/mesure/62-plan-industriel-bull-2030/. L'ensemble des mesures est sur https://les144.fr/mesures/, et le financement global du programme sur https://les144.fr/qui-paie/.
Sources citées par la fiche : ministère de l'Économie (2026), Sénat, rapport n° 568 (2024), CEA (2025).
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