10 octobre 2026 · Le décryptage #Les144
Mesure 66 : l'État entre au capital de Mistral et bâtit une IA souveraine
La France compte avec Mistral le premier champion européen de l'intelligence artificielle, mais l'État n'est pas à son capital. La mesure 66 prévoit une participation d'un milliard d'euros sans contrôle majoritaire, une commande publique préférentielle et cinq centres de données souverains de 100 mégawatts d'ici 2030. La fiche chiffre la participation en capital ; elle ne détaille pas le coût des autres volets.
Le problème, d'abord
Selon la fiche, la France possède avec Mistral le premier champion européen de l'intelligence artificielle, mais l'État n'est pas à son capital et rien ne garantit son ancrage souverain à long terme. Le pays ne compte qu'un seul centre de données d'intelligence artificielle souverain de 100 mégawatts, il dépend des puces de NVIDIA, et ses ingénieurs en intelligence artificielle partent à l'étranger.
La fiche ajoute plusieurs repères : l'État vient de racheter Bull pour 404 millions d'euros, une opération finalisée en mars 2026, pour une entreprise dont le chiffre d'affaires atteint 720 millions d'euros, en croissance de 16 %. Mistral AI est valorisée 11,7 milliards d'euros, et Pasqal est la première licorne quantique française. Enfin, 70 à 90 % du cloud français est opéré par les hyperscalers américains.
Ce que propose la mesure
L'État entre au capital de Mistral à hauteur d'un milliard d'euros, sans en prendre le contrôle. La fiche prévoit les dispositions suivantes :
- Une participation de 1 milliard d'euros de BPI / France 2030 dans les prochaines levées de fonds de Mistral, sans dilution majoritaire, pour assurer un ancrage souverain de long terme.
- Des marchés publics préférentiels : toute administration qui utilise un modèle de langage donne la priorité à Mistral ou à une alternative souveraine validée.
- Un cluster français « France IA* », qui fédère Mistral, LightOn, Photoroom, Helsing France, Hugging Face et des spin-offs du CNRS* et d'Inria sous une coordination commune.
- Cinq centres de données d'intelligence artificielle souverains de 100 mégawatts d'ici 2030, contre un seul aujourd'hui, en Essonne.
- Un programme associant intelligence artificielle et quantique, Mistral × Pasqal, pour des modèles accélérés par le calcul quantique.
- Un programme accéléré de puces souveraines françaises (SiPearl, Kalray, STMicroelectronics) pour réduire la dépendance à NVIDIA.
- Le doublement du budget d'Inria et du CNRS consacré à l'intelligence artificielle fondamentale.
- Un retour fiscal favorable pour les ingénieurs français en intelligence artificielle installés à l'étranger.
La fiche répond aussi à une objection : il ne s'agit pas de nationaliser la tech. Elle parle de participations minoritaires d'ancrage et de commande publique préférentielle ; le capital reste privé.
Combien ça coûte
La ligne budgétaire de la fiche porte le statut « Chiffré » et renseigne un seul montant : un coût ponctuel correspondant à la participation en capital de 1 milliard d'euros (BPI / France 2030).
Aucun coût annuel, bas ou haut, ni aucune recette n'est renseigné, et la fiche ne chiffre pas séparément les cinq centres de données, le programme de puces, le doublement des budgets de recherche ni le dispositif fiscal. Le milliard d'euros couvre donc la participation au capital, pas l'ensemble de la mesure.
Où vérifier
Le détail de la mesure figure sur sa fiche : https://les144.fr/mesure/66-plan-mistral-et-cluster-ia-souveraine-francaise/. L'ensemble des mesures est sur https://les144.fr/mesures/, et le financement global du programme sur https://les144.fr/qui-paie/.
Source citée par la fiche : Mistral AI, levées de fonds ; sommet IA Paris, février 2025.
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